Psycho: écouter, déculpabiliser et motiver
Tous libres-mangeurs? Rencontre avec Florence Pujol
Le 30/11/2011 par Marie-Cécile Puissochet
Consommer ce qu’on veut sans jamais prendre de poids ? Pour Florence Pujol, c’est possible, à condition d’accepter ses émotions, pour passer à table l’esprit libre.
Diététicienne-nutritionniste, elle a choisi une approche psychologique de la relation alimentaire, inspirée des thérapies comportementales et cognitives et des principes de la pleine conscience. Dans son dernier ouvrage, Je mange et je suis bien (PUF), elle vous livre ses conseils pour devenir un libre-mangeur.
Comment est née votre approche psychologique de la nutrition ?
J’emploie souvent l’expression de « lunettes émotionnelles » pour qualifier la façon dont on se perçoit dans le miroir en fonction de notre humeur : selon qu’on est heureux ou triste, on se trouve léger ou gros.
Mais les patients que je reçois sont mal dans leur peau comme dans leur tête. Ils souffrent plus de leurs troubles de l’estime et de l’affirmation de soi que de leur éventuel surpoids, mais ils croient que perdre des kilos aura un effet miracle sur leur vie et que tous leurs problèmes seront réglés s’ils maigrissent.
Pourquoi se focalise-t-on autant sur l’image corporelle ?
Pour éviter de penser à tous les problèmes qui nous entourent. En effet, on est dans l’illusion que c’est plus facile de contrôler son corps que le reste de sa vie. De plus, les codes sociaux nous renvoient l’idée qu’être fort, performant, dynamique, c’est être mince. On croit alors volontiers que pour être aimé, il faut correspondre à cette attente.
En quoi consiste votre méthode ?
La plupart de mes patients ont déjà plusieurs tentatives d’amincissement, voire des dizaines de régimes à leur actif. Ils me disent ne plus savoir quoi manger, alors qu’ils s’imposent des règles alimentaires très rigides et parfaitement intenables, fondées sur des croyances fausses. Et ils s’étonnent de ne pas arriver à s’y plier !
Ma réponse thérapeutique consiste à leur apprendre à être libre dans leur rapport à la nourriture et leur façon de manger. La perte de poids arrive alors comme une conséquence de ce nouveau mode de vie, et non comme un but en soi.
Comment devient-on un libre-mangeur ?
D’abord, il faut se confronter à ses peurs, en menant des expériences, de façon à remplacer son système de croyances par des savoirs. Par exemple, si vous croyez qu’en mangeant un pain au chocolat, vous allez grossir, soit vous vous restreignez et vous êtes frustré, soit vous cédez et vous culpabilisez. Alors que si vous comprenez qu’un pain au chocolat, pour le corps, ce n’est qu’un assemblage comme un autre de glucides-lipides-protéines, et qu’il ne vous fera pas grossir en tant que tel, vous le mangerez, ou pas, mais sans y associer d’autre émotion que le plaisir gustatif.
L’idée, c’est de réapprendre à être gourmand, à apprécier les saveurs et les goûts, en coupant le lien pathogène entre émotion et aliment. Les vrais gourmands n’ont pas de problèmes de poids !
Spécialisée dans les troubles des conduites alimentaires, Florence Pujol est attachée à la clinique du Château de Garches et exerce en libéral à Paris. Elle enseigne à l’université Paris VIII et en écoles de diététique. Elle est également l’auteur du « Que sais-je ? » Les 100 mots de la diététique et de la nutrition (PUF).
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